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Histoire du Balloon Bike

par Renaud Poutot

Trop souvent étiqueté comme vélo de plage, image naïve issue de l’imagerie populaire, le cruiser, dans un premier temps appelé « Balloon Bike », porte sur ses épaules un pan entier de l’histoire contemporaine.

Pour en comprendre le cheminement, il faut déjà savoir que le genre « Balloon Bike » était, aux premières heures, un authentique vélo de ville, dont les pneus au profil rond et les galbes généreux, lui donnaient une bouille sympathique et rassurante.

Toujours élégants et très bien carrossés, ces vélos ont été utilisés par les premiers constructeurs comme la vitrine d’un savoir-faire et le support d’expression des tendances dans l’air du temps.

C’est l’usage et les pratiques qui en ont fait migrer l’appellation vers « Cruiser », pour désigner sa philosophie nonchalante jusqu’à devenir, aujourd’hui encore le « beach cruiser ».

Cette dernière revêt, à mon sens, une connotation des plus péjoratives :
elle aurait vite fait de vous donner l’illusion que ces vélos ne sont faits que pour arpenter les bords de mer; tout juste bons à véhiculer à la vitesse d’un pachyderme, des pin-up écervelées, en maillot de bain, un surf sous le bras…

La réalité nous prouve tout le contraire : avant toute chose, ces vélos ont su traverser les époques. Foncièrement stables et robustes, ils ont donné naissance à tous les styles de vélos modernes et ils sont donc, le témoignage bien vivant, que l’avenir le plus optimiste ne peut se bâtir que sur les fondements d’un solide passé.

Aujourd’hui, avec United Cruiser, ils sont une synthèse extraordinaire de tout ce qui se fait de mieux de chaque coté de l’Atlantique.

Tout commence aux Etats-Unis dans l’entre deux guerres.

C’est une histoire américaine, une légende populaire qui a traversé les océans et aura bientôt un siècle…

C’est aux environs de 1930 que l’on voit apparaître les premiers « Balloon Bikes » très inspirés par les productions automobiles et aéronautiques.

Les Années 1930 : la naissance du genre

Rappelons que « l’Amérique » jouit à cette époque d’une position mondiale dominante quand dans le même temps, l’Europe, affaiblie par la première guerre mondiale, tâche de se reconstruire.

Aux USA, nous sommes dans une période d’accélération du développement économique. Avec la croissance, le dollar devient rapidement la grande monnaie et le libéralisme bat son plein. C’est la naissance des nouvelles méthodes industrielles dont les symboles sont la Ford T pour l’automobile et l’Empire State Building (1930) pour l’architecture. Avec elles, la notion d’American Way of Life prend vie.

La crise économique de 1929, aussi violente fut-elle, va au final aider à la répartition des richesses du pays et permettre à tout un chacun de vivre son rêve américain.

L’expression «American Dream» est utilisée pour la première fois par James Truslow Adams dans son livre The Epic of America en 1931. Elle signifie alors l’accès aux libertés fondamentales et l’ascension sociale par le mérite.

L’engouement pour les villes entraine des mouvements de populations vers les zones urbaines. L’automobile, les bus, les voies ferroviaires deviennent les vecteurs de possibles réussites et véhiculent tous les espoirs. Ils ont pour vocation d’emmener loin.

Contrairement à la vieille Europe mise à mal, qui privilégie le pragmatisme dans toutes ses productions, les réalisations industrielles sont à l’image de l’Amérique: l’acier et le chrome sont omniprésents et le pétrole coule à flot. Tout est grand, large et surdimensionné.

C’est aux environs de 1930 que l’on voit apparaître les premiers « Balloon Bikes » très inspirés par les productions automobiles et aéronautiques.

En 1928, Shelby Cycle Co. (Ohio) crée le « Lindy » en hommage à Charles Lindbergh qui traversa 2 ans plus tôt l’Atlantique Nord de Paris à New York à bord du « Spirit of St Louis ».

En 1933, Schwinn & Co. invente les Motorbike et Auto-Cycle, résolument inspirés des productions Harley Davidson du moment, puis l’Aérocycle, clin d’œil marqué au monde de l’aviation.

En 1934, c’est au tour de Columbia Manufacturing Co. de Westfield, Massachussetts, de donner la réplique avec l’Elgin Blackhawk et l’Elgin BlueBird.

Dans le même temps, Cleveland Welding Co. (Cleveland, Oklahoma) met tout le monde d’accord avec le premier RoadMaster en 1941. Huffman Manufacturing Co. de Dayton, Ohio, leur emboite le pas avec le Dayton Champion.

Le Balloon Bike est né et il entre dans les foyers américains. Il trône en bonne place auprès de l’automobile. Il offre une alternative élégante pour les promenades en famille. C’est lui qui emmène les petits à l’école et les grands sur le chemin du bureau.

La seconde guerre mondiale et après…

Vient ensuite la deuxième guerre mondiale. Les Etats-Unis entrent de plein fouet dans le conflit après que l’armée Japonaise ait décimé une partie de sa flotte à Pearl Harbor, dans le Pacifique. La France et ses alliés sont K.O. face à l’emprise Nazi.

L’effort de guerre américain entraine une mobilisation industrielle sans précédent. L’issue du conflit, favorable à l’Alliance Atlantique, donnera à l’Amérique une aura planétaire.

Dans les années qui suivront, l’Europe entière veut vivre à l’heure américaine : cinéma, chewing-gum et Coca Cola, cigarettes Lucky Strike et briquet Zippo, baskets Converse et guitares électriques sont autant de symboles universels de cette nouvelle culture !

En France, la vie reprendra son cours et Paris mérite plus que jamais son titre de capitale des lumières et de l’élégance quand en1947, Christian Dior, fonde sa maison et présente sa première collection. Ses créations insufflent le renouveau, la beauté et le bonheur auquel aspire la population française après les longues années de conflit. Le créateur agite le monde de la mode en inventant des modèles qui renouent avec l’élégance et la légèreté : le « New Look » est un hymne à la féminité et à la séduction. A sa mort en 1957, Dior aura ouvert la voie pour donner à la haute couture française sa place et sa renommée internationale, incarnant pour toujours le style français.

De l’autre coté de l’Atlantique, à l’aube des années 60, l’heure est à l’insouciance : Walt Disney à inauguré son premier Disneyland Park à Anaheim en Californie qui deviendra très vite la destination touristique la plus prisée au Monde. La culture populaire voit le Rock N’Roll devenir un langage universel, tandis que la Beat Generation, courant alternatif épris de liberté, l’emporte sur les valeurs puritaines.

En matière de production de cycles, c’est Schwinn qui s’impose comme la plus grande marque. Le Balloon Bike (ou cruiser) se fait tour à tour utile (Cycletruck) ou élégant et se fait l’écho des tendances futuristes.

1960 sera aussi l’année de lancement du vélo des Kids américains: le StingRay. Reprenant les courbes et le style général des cruisers classiques, ce petit vélo aux roues de 20 pouces va en réalité amorcer dans la décennie, les bouleversements les plus retentissants de l’histoire du cycle nord américain.

Dans le même temps, l’Europe se passionne pour les exploits de champions comme Fausto Coppi, Gino Bartali ou Louison Bobet sur le Tour de France. 1964, est l’occasion d’un duel d’anthologie entre Raymond Poulidor et Jacques Anquetil. Ce dernier, vainqueur en 1957 puis de 1961 à 1964, devient le premier coureur à remporter cinq Tours de France. La France devient le berceau mondial du cyclo-sportif.

Les deux continents ont pris des chemins bien différents et produisent des vélos aux philosophies diamétralement opposées : quand de l’autre côté de l’atlantique, le vélo cruiser se veut plus ludique, les vélos Européens répondent nécessairement à un usage, tantôt sportif, tantôt utilitaire: « Jamais ces deux mondes ne se rencontreront, c’est certain… »

Les années soixante-dix et 80 ou l’émergence de nouvelles pratiques

1969 : L’homme pose pour la première fois un pied sur la Lune et la course à l’espace lancée quelques années plus tôt par le Président Kennedy insuffle au monde une source d’inspiration sans précédent.

La tête dans les étoiles mais les pieds bien sur terre, des petits Californiens commencent à dépouiller leurs Stingray pour s’affronter dans les terrains vagues cabossés. Ils inventent le « pedal-cross » pour imiter sur leurs vélos, les exploits de Steve McQueen en moto dans « La Grande évasion ». Très vite, ils officialisent l’avènement du BMX à Palms Park, West Los Angeles.

Le sport emportera avec lui définitivement l’aire du cruiser, quand quelques adultes en mal de sensations commencèrent à dévaler les collines de Californie (toujours) au guidon de cruisers dépouillés jusqu’à leur plus simple expression et inventent le concept du « Mountain Bike ». Parmi eux Gary Fisher et Ray Flores. Nous sommes alors en 1977.

Dans les années 80, il ne sera plus question de cruiser que dans les cercles initiés de surfeurs ou quelques piliers de la Kustom Kulture. C’est à ce moment là que l’appellation Beach Cruiser est née. On retrouve encore quelques uns de ces vélos, en guise de véhicules de déplacement, dans l’enceinte des studios hollywoodiens mais s’en est véritablement fini pour ces vieilles bécanes. Ils ne servent à rien et sont mis au rencard. Un peu Has-been. Véritablement désuets.

Le BMX impose sa suprématie auprès de tous les gamins de la planète, célébré par le film « E.T. » de Spielberg en 1981. Ces mêmes gamins, qui en grandissant vont passer, quelques années plus tard, au 26’’ pour définitivement consacrer le Mountain Bikes sous toutes ses formes.

Force est de constater que nous sommes alors entrés dans 3 décennies qui marquent l’immense domination du VTT, dès lors décliné dans de multiples version et diverses pratiques : le Cross-Country, le Trail puis plus tard, le Free Ride ou encore le Downhill.

On découvre aussi le VTT de loisir et VTC à toutes les sauces et à tous les prix. En 1990, on achète un VTT parce que c’est ce qu’il faut avoir dans son garage, pas tant pour ses caractéristiques techniques, et c’est bien souvent au détriment du confort et même de la facilité d’utilisation.

Alors que certaines marques historiques comme Columbia voient leur histoire s’achever, le géant Schwinn emmené désormais par des financiers, connaît une nouvelle destinée et n’aura d’autre alternative que d’accroitre son activité jusqu’à entrer dans les supermarchés, malmené de toutes parts par les jeunes marques plus sportives, plus créatives et plus en phase avec l’époque…

A vouloir être toujours compétitifs en prix, les géants du cycle commencent à délocaliser leurs productions pour des sites dont la main d’œuvre moins onéreuse, permet d’espérer des coûts de production plus faibles pour un résultat d’apparence similaire. Cette tendance a pour effet de générer un transfert de compétences vers le continent asiatique et malheureusement, occasionnera dans un second temps, la standardisation des productions : cadres, composants, pneumatiques communs; seuls les prix, la déco et le marketing font la différence.

Peu à peu le Mountain Bike aura vite fait de conquérir la planète. Il devient très vite un des piliers du mass-market, harmonisé à l’échelle mondiale, souvent sans goût, ni originalité, ni saveur.

Une nouvelle époque, un nouveau millénaire

En 1995, Après 20 ans d’évolutions fulgurantes et multidisciplinaires des VTT, l’Amérique redécouvre enfin, avec bonheur, la joie nonchalante des « Classic Bike » au travers de quelques jeunes marques très créatives. En guise de conclusion d’une fin de siècle, ils imposent avec conviction ces vélos néo-rétro, convaincus que ceux-ci sauront toucher l’âme d’enfant de tous ceux qui se fichent pas mal du vélo sportif, alors à son apogée.

Avec eux, en une dizaine d’années, c’est tout un mouvement qui se remet en route peu à peu dans les années 2000. Pendant ce temps, les ex-pionniers du vélo sportif des années 90 sont devenus les nouveaux géants de l‘industrie. Toutes les marques de VTT se livrent alors une guerre acharnée à la technicité et tandis que le mass-market bat son plein.

Or depuis 2005, on assiste à l’avènement d’une nouvelle tendance avec l’entrée en force des cruisers, des vélos urbains, puis des vélos à assistance électrique, dans les villes du monde entier. Hier, pointés du doigt comme trop lourds, désuets ou trop exubérants, les voilà qui prennent peu à peu une place de choix. Le vélo familial urbain est à nouveau tendance. Le cruiser est de retour, plus désirable que jamais.
Élégant et pratique à la fois, il séduit peu à peu tous les publics grâce à internet : Paris, Londres, Los Angeles, Moscou, Tel Aviv ou Tokyo découvrent avec joie le « cool riding ».

Dans cette nouvelle redistribution des cartes, le vélo de ville Américain rencontre bientôt son homologue Européen et de leur fusion, va naître une génération entière de vélos métissés, d’influences plurielles, aptes à porter sur de solides bases toutes les innovations et tous les défis de demain.

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